Les prix du cacao s’envolent face au ralentissement des arrivées portuaires en Côte d’Ivoire

Les marchés internationaux du cacao connaissent une hausse marquée des prix, portée par des inquiétudes croissantes sur l’offre mondiale, notamment en Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao.
Ce lundi, le contrat mars ICE New York (CCH26) progresse de +295 dollars (+4,96 %), tandis que le cacao mars ICE Londres (CAH26) bondit de +275 livres (+6,52 %). Ces niveaux constituent des plus hauts sur deux semaines, illustrant la nervosité persistante des marchés.
Des arrivées portuaires en forte baisse en Côte d’Ivoire
Le principal facteur de cette flambée reste le ralentissement significatif des livraisons de cacao aux ports ivoiriens.
Selon les données disponibles, les producteurs ivoiriens ont livré 59 708 tonnes métriques de cacao aux ports durant la semaine achevée le 28 décembre, soit une baisse de 27 % par rapport à la même période l’an dernier.
Sur l’ensemble de la nouvelle campagne de commercialisation (du 1er octobre au 28 décembre), les expéditions cumulées atteignent 1,029 million de tonnes, contre 1,050 million de tonnes sur la même période en 2023, soit un recul de 2 %.
Cette évolution alimente les craintes d’un resserrement de l’offre à court terme, alors même que la Côte d’Ivoire demeure le pilier central de l’approvisionnement mondial.
Un soutien supplémentaire attendu des marchés financiers
Les prix du cacao bénéficient également d’un soutien structurel lié aux marchés financiers. L’intégration prochaine des contrats à terme sur le cacao dans le Bloomberg Commodity Index (BCOM) à partir de janvier devrait stimuler les flux d’investissement.
Selon Citigroup, cette inclusion pourrait générer jusqu’à 2 milliards de dollars d’achats sur les contrats à terme de cacao à New York, renforçant la pression haussière sur les prix.
Des stocks américains au plus bas depuis près de 10 mois
Autre élément de soutien : les stocks de cacao surveillés par l’ICE aux États-Unis sont tombés à 1 626 105 sacs, leur plus bas niveau depuis 9,5 mois. Cette contraction des réserves renforce la perception d’un marché moins abondant à court terme.
Des signaux contradictoires venus d’Afrique de l’Ouest
Malgré ces tensions, certains indicateurs agricoles restent favorables. En Côte d’Ivoire comme au Ghana, les producteurs rapportent une alternance bénéfique de pluies et d’ensoleillement, propice à la floraison des cacaoyers et au développement des cabosses, à l’approche de la saison de l’harmattan.
Le groupe chocolatier Mondelez a récemment indiqué que le dernier comptage des cabosses en Afrique de l’Ouest dépasse de 7 % la moyenne quinquennale, et se situe nettement au-dessus du niveau de la campagne précédente. La récolte principale en Côte d’Ivoire a débuté, avec un optimisme prudent sur la qualité.
Une offre mondiale plus tendue qu’anticipé
Sur le plan mondial, la dynamique reste fragile. Le International Cocoa Organization (ICCO) a revu à la baisse ses projections :
- Le surplus mondial 2024/25 est désormais estimé à 49 000 tonnes, contre 142 000 tonnes auparavant.
- La production mondiale 2024/25 a été abaissée à 4,69 millions de tonnes, contre 4,84 millions initialement prévues.
De son côté, Rabobank a réduit sa prévision de surplus mondial pour 2025/26 à 250 000 tonnes, contre 328 000 tonnes estimées en novembre.
Demande mondiale affaiblie et impact réglementaire européen
À l’inverse, la faiblesse de la demande mondiale pèse toujours sur les perspectives. Les broyages de cacao ont reculé fortement en Asie (-17 % en glissement annuel au T3) et en Europe (-4,8 %), atteignant leurs plus bas niveaux depuis près d’une décennie.
Par ailleurs, la décision du Parlement européen de reporter d’un an l’application du règlement EUDR sur la déforestation a temporairement levé certaines contraintes sur l’approvisionnement européen, maintenant une offre relativement fluide depuis les régions productrices d’Afrique, d’Asie et d’Amérique du Sud.
Le Nigeria renforce les tensions sur l’offre africaine
Enfin, la situation du Nigeria, cinquième producteur mondial, constitue un autre facteur de soutien. La production nigériane pour 2025/26 devrait chuter de 11 %, à 305 000 tonnes, selon l’Association du cacao du Nigeria, confirmant une tendance baissière structurelle.
Perspective : un marché toujours sous haute tension
Après un déficit historique de 494 000 tonnes en 2023/24, le plus important depuis plus de 60 ans, le marché du cacao entre dans une phase d’équilibre fragile. Bien que l’ICCO anticipe un léger surplus en 2024/25, les perturbations logistiques, les ajustements de production et les flux financiers continuent d’alimenter une forte volatilité.
Pour la Côte d’Ivoire, ces évolutions confirment une chose : le cacao reste au cœur des équilibres économiques mondiaux, et chaque variation de ses flux se répercute immédiatement sur les marchés internationaux.



