La Côte d'Ivoire

L’histoire de l’ancienne Boucle du Cacao en Côte d’Ivoire

L’ ancienne Boucle du Cacao regroupait les trois départements actuels du Centre-Est de la Côte d’Ivoire : Dimbokro, Daoukro et Bongouanou.

Autrefois une région prospère et un grand pôle d’immigration rurale, cette zone a connu une inversion de situation, devenant ainsi un important foyer d’émigration.

Historique

Introduite au début du XXe siècle dans les régions forestières de Côte d’Ivoire, la culture du café et du cacao a connu un essor sans précédent après les années 1950. L’importance croissante de ces cultures dans l’ancien cercle de Dimbokro a valu à cette région le surnom de Boucle du cacao. Source principale de richesse, l’économie de plantation a connu un grand succès auprès des populations locales, faisant de cette région la plus grande zone de production du pays.

En termes de superficie, la région détenait entre 22 et 28 % des surfaces totales de cacaoyers cultivées en Côte d’Ivoire, de 1950 à 1968. De 1969 à 1972, cette proportion est tombée à moins de 22 %, mais la région a conservé son premier rang. Pour le caféier, la Boucle du cacao occupait également la première place en termes de superficie, de 1950 à 1952 et de 1955 à 1977, avec une part oscillant entre 12 et 22 % des superficies totales cultivées.

En termes de production, la Boucle du cacao se situait en tête de toutes les régions, détenant jusqu’en 1968 plus de 28 % de la production de cacao. Pour la production de café, jusqu’en 1969, cette région conservait encore sa première place avec une part se situant entre 21 et 24 %.

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Main-d’œuvre et Immigration

Le développement de l’économie de plantation forestière a nécessité l’apport d’une main-d’œuvre d’origine étrangère, ce qui a favorisé son expansion. Cette main-d’œuvre, autrefois réservée aux propriétaires européens, était interdite aux planteurs africains par un arrêté de 1941. Les colons européens utilisaient cette main-d’œuvre par le biais du « travail forcé ». Essentiellement originaire de la colonie de Haute-Volta, cette main-d’œuvre se dirigeait autrefois en masse vers les plantations cacaoyères de la colonie anglaise de la Gold Coast (aujourd’hui Ghana).

Déclin et Conséquences

Le déclin de l’économie de plantation est inhérent à la logique interne du système d’exploitation adopté par les paysans. Les principales caractéristiques de ce système peuvent se résumer ainsi :

  • Faiblesse des moyens de production et forte consommation de main-d’œuvre : L’essentiel des moyens de production se limite à la machette, à la hache et à la daba, des instruments rudimentaires qui font de l’énergie humaine le principal élément du processus de production. L’utilisation des intrants chimiques est, sauf cas exceptionnel, absente de la pratique quotidienne des paysans.
  • Forte consommation de forêt : L’agriculture paysanne repose sur une pratique itinérante. Chaque année, une nouvelle parcelle est défrichée soit pour les cultures vivrières, soit pour accroître la plantation de cultures pérennes.
  • Faible productivité : Malgré l’emploi d’une main-d’œuvre souvent nombreuse, les rendements du café et du cacao sont bas ; ils sont généralement inférieurs à 400 kg/ha, alors qu’un travail régulier d’entretien pourrait permettre d’en obtenir plus du double. Dans leurs activités, les paysans semblent choisir de produire à moindre coût sans forcément viser la rentabilité maximale. En effet, le facteur de production le moins cher (la terre) est exploité à fond au détriment des instruments de production et des intrants.
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L’accès à la terre dans la Boucle du cacao obéit aux règles coutumières qui donnent à tout autochtone un droit de jouissance sur le domaine foncier villageois, sans contrepartie ni possibilité d’aliénation de la terre. Dans la suite logique de ces règles coutumières, la terre était autrefois un patrimoine collectif des villageois, et la propriété individuelle était inexistante. L’introduction du café et du cacao, cultures pérennes, a contribué à l’instauration et à la consolidation de la propriété individuelle. La course à la forêt qu’elle a engendrée a permis non seulement un accroissement des superficies cultivées, mais surtout un gaspillage de la forêt. En effet, toutes les vastes plantations créées dans le feu de la course à la forêt ne pouvaient être correctement entretenues. Deux raisons principales expliquent cela : le caractère rudimentaire des instruments de production et la raréfaction relative de la main-d’œuvre, ainsi que la faible utilisation des intrants chimiques, ce qui entraîne des bas rendements. En conséquence, pour accroître leurs revenus, les paysans ont recours à l’extension des superficies en ouvrant chaque année de nouvelles parcelles.


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