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Ghana : Le Géant du Cacao Ébranlé par une Crise de Production, Malgré des Prix Mondiaux Records

Accra, Ghana – Le Ghana, deuxième producteur mondial de cacao et référence en matière de qualité, traverse une période de turbulences sans précédent. Alors que les prix mondiaux de la fève brune atteignent des sommets historiques, le pays est confronté à une chute drastique de sa production, menaçant les moyens de subsistance de millions d’agriculteurs et la stabilité économique nationale. Entre défis structurels, aléas climatiques et menaces environnementales, la filière ghanéenne est à la croisée des chemins.

Chute Historique de la Production

Les chiffres sont alarmants. Pour la campagne 2023-2024, la production de cacao du Ghana devrait chuter à son plus bas niveau depuis 22 ans, avec des estimations oscillant entre 422 500 et 425 000 tonnes métriques. C’est une baisse considérable par rapport aux 683 000 tonnes de la saison précédente et bien loin de l’objectif initial de 850 000 tonnes, ou encore du record de plus d’un million de tonnes atteint en 2020-2021.

Plusieurs facteurs expliquent cette crise : des vents d’Harmattan particulièrement sévères, la persistance de la maladie du Cacao Swollen Shoot Virus (CSSVD) qui dévaste les plantations, l’impact destructeur de l’exploitation minière illégale (« galamsey »), le vieillissement des vergers et, plus récemment, la contrebande de fèves vers les pays voisins offrant des prix plus attractifs.

L’Impact Paradoxal de la Flambée des Prix Mondiaux

Si la flambée des cours mondiaux du cacao – dépassant les 10 000 dollars la tonne à New York et à Londres au début de 2024 – aurait dû se traduire par une manne financière pour les producteurs, la réalité ghanéenne est plus complexe. Le système de vente à terme du Ghana Cocoa Board (COCOBOD) a initialement limité les bénéfices directs pour les agriculteurs.

Cependant, face à la crise de production et pour endiguer la contrebande, le COCOBOD a réagi en augmentant significativement le prix garanti aux producteurs pour le reste de la campagne 2023-2024. Le prix a été relevé de 58,26 %, passant à 33 120 cedis ghanéens (environ 2 270 USD) la tonne, soit 2 070 cedis par sac de 64 kg. Des augmentations supplémentaires sont envisagées pour la campagne 2024-2025, dans l’espoir de partager plus équitablement les gains exceptionnels du marché mondial et d’inciter à la production locale.

Les Défis Structurels et Environnementaux

Au-delà de la conjoncture, la filière cacaoyère ghanéenne est confrontée à des défis majeurs et interconnectés :

  • Maladie du Cacao Swollen Shoot Virus (CSSVD) : Cette maladie virale continue de ravager les cacaoyers, réduisant les rendements et la superficie cultivable. Les programmes d’éradication et de réhabilitation du COCOBOD peinent à contenir sa progression rapide.
  • Exploitation Minière Illégale (« Galamsey ») : L’orpaillage illégal détruit des milliers d’hectares de terres cacaoyères fertiles, pollue les sols et les cours d’eau, et menace la sécurité des communautés rurales.
  • Changement Climatique : Des conditions météorologiques de plus en plus erratiques, incluant des sécheresses prolongées et des pluies irrégulières, affectent négativement la floraison et le développement des cabosses.
  • Vieillissement des Vergers et Faibles Rendements : De nombreux vergers sont âgés et nécessitent un renouvellement avec des variétés plus productives et résistantes aux maladies. L’accès limité aux intrants de qualité (engrais, pesticides) aggrave la situation.
  • Contrebande : L’attrait des prix plus élevés dans les pays voisins, notamment avant la récente hausse du prix au producteur au Ghana, a encouragé la fuite illégale d’une part significative de la récolte.
  • Endettement du COCOBOD et Accès au Financement : L’organe de régulation lui-même fait face à des défis financiers, cherchant des fonds pour ses opérations et l’achat de fèves, ce qui peut impacter sa capacité à soutenir pleinement la filière.
  • Conformité aux Normes Internationales (EUDR) : Le Ghana travaille activement à la mise en place d’un système national de traçabilité du cacao (Ghana Cocoa Traceability System – GCTS) pour se conformer aux nouvelles réglementations de l’Union Européenne contre la déforestation.
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Opportunités et Initiatives en Cours

Malgré ce tableau sombre, des efforts sont déployés pour redresser la situation :

  • Augmentation du Prix au Producteur : La récente hausse substantielle du prix garanti est une mesure clé pour améliorer les revenus des agriculteurs et lutter contre la contrebande.
  • Programmes de Réhabilitation du COCOBOD : Des programmes de lutte contre le CSSVD, de distribution de plants améliorés et de promotion des bonnes pratiques agricoles se poursuivent, bien que leur efficacité et leur portée soient parfois limitées par les défis financiers et logistiques.
  • Développement de la Traçabilité : La mise en œuvre du GCTS est cruciale pour maintenir l’accès au marché européen et rassurer les consommateurs sur l’origine durable du cacao ghanéen.
  • Promotion de la Transformation Locale : Le gouvernement maintient l’objectif d’augmenter la part du cacao transformée localement afin de capter davantage de valeur ajoutée, bien que les progrès concrets dans l’augmentation des capacités restent à confirmer.
  • Programmes de Durabilité : Diverses initiatives en partenariat avec des acteurs internationaux et le secteur privé visent à promouvoir une cacaoculture durable, incluant des pratiques d’agroforesterie et la lutte contre le travail des enfants.

Un Avenir Incertain, un Appel à l’Action

La filière cacao du Ghana est à un point critique. La crise actuelle de production, exacerbée par des défis structurels et environnementaux profonds, nécessite une action urgente et concertée de la part du gouvernement, du COCOBOD, des producteurs, de la société civile et des partenaires internationaux. Si les prix mondiaux élevés offrent une fenêtre d’opportunité, seuls des investissements massifs dans la réhabilitation des vergers, la lutte contre le « galamsey » et le CSSVD, l’adaptation au changement climatique et l’amélioration des revenus des planteurs permettront au géant ouest-africain de retrouver sa vigueur et d’assurer la pérennité de son « or brun ».

Filière Cacao au Ghana : Entre la Flambée des Prix et des Défis Structurels Profonds

Accra, Ghana – Acteur incontournable sur le marché mondial du cacao, le Ghana traverse une période de turbulences et d’opportunités. Alors que le pays, traditionnellement deuxième producteur mondial, est confronté à une baisse significative de sa production, la flambée historique des cours mondiaux offre une bouffée d’oxygène et un levier potentiel pour s’attaquer aux défis persistants qui minent le secteur. L’or brun ghanéen est à la croisée des chemins, entre promesses de revenus accrus et nécessité urgente de réformes structurelles.

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Production en Baisse, mais Perspectives de Rebond et Envolée des Prix

La campagne cacaoyère 2023-2024 au Ghana a été marquée par une production historiquement basse, estimée à environ 531 000 tonnes métriques par le USDA, et des chiffres officiels de COCOBOD la situant même autour de 530 873 tonnes, la plus faible depuis une quinzaine d’années. Plusieurs facteurs expliquent cette chute : conditions climatiques défavorables, propagation de la maladie du Swollen Shoot (CSSVD), et impact des activités minières illégales (« galamsey »).

Cependant, les perspectives pour la campagne 2024-2025 sont plus optimistes, avec une production attendue en hausse, potentiellement autour de 617 500 à 700 000 tonnes métriques, grâce notamment à des mesures de réhabilitation et à des conditions climatiques potentiellement meilleures.

Parallèlement, le Ghana, comme d’autres producteurs, a vu les prix du cacao atteindre des sommets sans précédent sur le marché international. Cette envolée a permis une augmentation significative du prix au producteur. Le COCOBOD a relevé le prix garanti aux producteurs à plusieurs reprises, atteignant 3 000 GHS par sac de 64 kg (soit 48 000 GHS par tonne) pour la campagne 2024-2025. Les revenus d’exportation du cacao pour les premiers mois de 2025 ont ainsi triplé par rapport à la même période en 2024, en partie grâce à une potentielle meilleure stratégie de vente sur le marché spot.

Les Défis Structuraux qui Perdurent

Malgré l’embellie des prix, le secteur cacaoyer ghanéen reste confronté à des défis majeurs :

  • Maladie du Swollen Shoot (CSSVD) : Cette maladie virale continue de dévaster les plantations, réduisant considérablement les rendements. Des programmes d’éradication et de réhabilitation sont en cours mais demandent du temps et des investissements considérables. En 2024, il était rapporté qu’environ 81% des zones de production cacaoyère du pays étaient affectées à divers degrés.
  • Activités Minières Illégales (« Galamsey ») : L’expansion de l’orpaillage illégal détruit des milliers d’hectares de cacaoyères, pollue les sols et les cours d’eau, et détourne la main-d’œuvre agricole. Les régions de l’Est, de l’Ouest et d’Ashanti sont particulièrement touchées.
  • Vieillissement des Vergers et Faible Productivité : De nombreuses plantations sont anciennes et ont besoin d’être renouvelées avec des variétés plus productives et résistantes aux maladies. L’accès aux intrants de qualité reste un défi pour de nombreux petits exploitants.
  • Changement Climatique : L’irrégularité des pluies, les périodes de sécheresse prolongées et l’augmentation des températures impactent négativement les rendements et la qualité des fèves.
  • Contrebande : Les différentiels de prix avec les pays voisins, notamment la Côte d’Ivoire lorsque son prix est plus attractif, peuvent encourager la contrebande de fèves, réduisant les volumes officiels ghanéens. La hausse des prix au Ghana vise aussi à limiter ce phénomène.
  • Revenus des Producteurs et Pauvreté : Malgré les récentes augmentations, la pauvreté reste une réalité pour de nombreux producteurs, souvent dépendants de petites exploitations et soumis à la volatilité des marchés et aux coûts élevés des intrants.
  • Main-d’œuvre et Problématiques Sociales : Le vieillissement de la main-d’œuvre agricole et la difficulté à attirer les jeunes vers la cacaoculture sont des préoccupations. Le pays est également sous surveillance concernant les questions de droits humains, y compris le travail des enfants, bien que des efforts soient faits pour y remédier.
  • Conformité aux Réglementations Internationales (EUDR) : Le Ghana doit s’assurer que sa filière est conforme aux nouvelles réglementations, comme celle de l’Union Européenne sur la déforestation (EUDR), ce qui exige des systèmes de traçabilité robustes et une production « zéro déforestation ». Des formations et des systèmes de cartographie des parcelles sont en cours de déploiement.
  • Transformation Locale Limitée : Bien que l’objectif du gouvernement soit d’atteindre 50% de transformation locale d’ici 2030 et que la consommation locale ait augmenté, une grande partie du cacao est toujours exportée sous forme de fèves brutes. Les capacités de transformation locales ont même parfois été sous-utilisées faute d’approvisionnement suffisant en fèves à des prix compétitifs.
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Opportunités et Initiatives en Cours

Face à ces défis, le Ghana déploie plusieurs stratégies :

  • Programmes de Réhabilitation et de Productivité : Le COCOBOD continue ses programmes de lutte contre le CSSVD, incluant la coupe des arbres malades et la replantation avec des variétés tolérantes, ainsi que des programmes d’amélioration de la productivité (Productivity Enhancement Programmes – PEPs). Un prêt de 200 millions de dollars de la Banque Mondiale a été obtenu en 2024 pour soutenir ces efforts.
  • Augmentation du Prix au Producteur : Les hausses significatives du prix garanti visent à améliorer les revenus des agriculteurs, à les inciter à investir dans leurs plantations et à décourager la contrebande.
  • Lutte contre le « Galamsey » : Des efforts gouvernementaux sont en cours pour freiner l’exploitation minière illégale, bien que les résultats soient encore mitigés. Une task force a été établie par le COCOBOD pour protéger les fermes cacaoyères.
  • Promotion de la Durabilité et de la Traçabilité : Le Ghana s’engage activement à répondre aux exigences de l’EUDR, notamment par la mise en place d’un système national de traçabilité du cacao et la cartographie des plantations. Des formations sont dispensées aux agriculteurs sur les nouvelles réglementations et les normes de durabilité.
  • Développement de la Transformation Locale et de la Consommation : Des initiatives visent à augmenter la capacité de transformation locale et à promouvoir la consommation de produits chocolatés fabriqués au Ghana. La consommation par habitant a récemment progressé.
  • Recherche et Développement : Le Cocoa Research Institute of Ghana (CRIG) joue un rôle clé dans le développement de variétés améliorées et de techniques agricoles plus performantes.
  • Soutien aux Agriculteurs : Des programmes de soutien, incluant la fourniture subventionnée d’intrants et des formations aux bonnes pratiques agricoles, sont régulièrement mis en œuvre. COCOBOD récompense également les meilleurs producteurs lors d’événements nationaux.

Un Avenir entre Redressement et Modernisation

La filière cacao au Ghana est à un tournant critique. La crise de production actuelle, exacerbée par des défis structurels, souligne l’urgence des réformes. Cependant, la flambée des prix mondiaux offre une opportunité financière inespérée pour accélérer la modernisation du secteur, améliorer durablement les revenus des producteurs et renforcer la résilience de la filière face aux chocs climatiques et économiques. La capacité du Ghana à surmonter ses défis déterminera sa place future sur l’échiquier mondial du cacao.

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