
Yaoundé, Cameroun – La filière cacao au Cameroun, pilier traditionnel de l’économie nationale, traverse une période de dynamiques contrastées. Alors que les producteurs bénéficient d’une flambée historique des prix mondiaux, des défis structurels persistent, allant de la productivité à la durabilité, en passant par la transformation locale. Un tour d’horizon s’impose pour comprendre les enjeux actuels et les perspectives d’avenir de l’or brun camerounais.
Production en Légère Hausse et Prix Historiques
Pour la campagne 2023-2024, la production de cacao au Cameroun s’est établie à 266 725 tonnes, selon l’Office National du Cacao et du Café (ONCC). Les prévisions pour la campagne 2024-2025 tablent sur une légère augmentation, une nouvelle encourageante dans un contexte mondial de demande soutenue et d’offre contrainte, notamment chez les géants ouest-africains.
Cette conjoncture a propulsé les prix à des niveaux sans précédent. Au début de l’année 2025, le kilogramme de fèves a atteint jusqu’à 5000 Francs CFA par kilogramme lors de ventes groupées, une aubaine pour les planteurs camerounais, habitués à des tarifs bien plus modestes. Cette envolée des cours mondiaux, bien que volatile, offre une bouffée d’oxygène et une opportunité d’investissement pour les producteurs.
Les Défis Persistants de la Filière
Malgré cette embellie financière, la filière cacaoyère camerounaise reste confrontée à des défis majeurs :
- Faible Productivité et Vieillissement des Vergers: De nombreuses plantations sont vieillissantes et les rendements restent faibles comparés aux standards internationaux. L’accès limité à des plants améliorés, aux intrants de qualité et aux bonnes pratiques agricoles freine le potentiel de production.
- Qualité Hétérogène: Bien que des efforts soient faits, une part significative de la production camerounaise peine encore à atteindre les standards de qualité supérieure exigés sur les marchés de niche, limitant ainsi l’accès à des primes plus rémunératrices. Moins de 10% des fèves exportées lors de la campagne 2023-2024 étaient considérées de haute qualité.
- Déforestation et Durabilité: La pression sur les forêts et la nécessité de se conformer aux nouvelles réglementations internationales, notamment le Règlement de l’Union Européenne sur la Déforestation (EUDR), représentent un enjeu crucial. Le Cameroun, bien que disposant encore d’un couvert forestier important, doit accélérer la mise en place de systèmes de traçabilité robustes pour garantir un cacao « zéro déforestation ».
- Faible Transformation Locale: Malgré une volonté affichée d’accroître la transformation locale pour capter davantage de valeur ajoutée, le volume de fèves transformées sur place a légèrement baissé récemment. Cependant, des annonces récentes concernant la construction de nouvelles usines de transformation laissent entrevoir une possible inversion de tendance.
- Revenu des Producteurs et Pauvreté: En dépit de la hausse actuelle des prix, la pauvreté en milieu rural reste une préoccupation. La dépendance à la volatilité des cours mondiaux et les difficultés d’accès aux financements fragilisent les moyens de subsistance des cacaoculteurs.
Opportunités et Initiatives en Cours
Face à ces défis, plusieurs opportunités et initiatives se dessinent :
- Valorisation de la Hausse des Prix: Les revenus accrus pour les producteurs, s’ils sont bien gérés et réinvestis, peuvent contribuer à la modernisation des exploitations et à l’amélioration des conditions de vie.
- Programmes de Durabilité et de Traçabilité: Des programmes en collaboration avec des partenaires internationaux comme l’Union Européenne et la FAO sont en cours pour promouvoir une cacaoculture durable et aider le pays à se conformer aux exigences de l’EUDR. Un système national de traçabilité est en cours de développement.
- Développement de la Transformation Locale: Le gouvernement et les acteurs privés manifestent un intérêt croissant pour l’augmentation des capacités de transformation locale. L’arrivée annoncée de nouvelles unités industrielles pourrait significativement augmenter la part du cacao transformé localement.
- Amélioration de la Qualité et Certifications: La recherche de certifications (biologique, commerce équitable) et l’amélioration des pratiques post-récolte peuvent ouvrir l’accès à des marchés plus rémunérateurs et renforcer la réputation du cacao camerounais.
- Soutien Institutionnel: Le gouvernement camerounais, à travers des structures comme le Fonds de Développement des Filières Cacao et Café (FODECC), continue d’allouer des ressources pour soutenir la filière, notamment par la subvention d’intrants et le financement de projets structurants. Pour la campagne 2024-2025, un montant de 10 milliards de Francs CFA a été annoncé pour dynamiser les filières cacao et café.
Vers un Avenir Plus Durable et Rentable
La filière cacao au Cameroun est à un tournant. La flambée actuelle des prix offre une fenêtre d’opportunité unique pour accélérer les réformes nécessaires et investir dans la durabilité et la compétitivité. La réussite dépendra de la capacité des acteurs – producteurs, gouvernement, secteur privé et partenaires au développement – à collaborer efficacement pour relever les défis structurels, moderniser les exploitations, garantir la traçabilité et augmenter la valeur ajoutée au niveau local. L’enjeu est de taille : assurer un avenir prospère et durable pour les centaines de milliers de familles qui dépendent de l’or brun camerounais.



