Filière Cacao à São Tomé-et-Príncipe : L’Héritage des « Îles Chocolat » Brille sur un Marché Mondial en Effervescence

São Tomé, São Tomé-et-Príncipe – Au cœur du Golfe de Guinée, l’archipel de São Tomé-et-Príncipe, surnommé affectueusement les « Îles Chocolat », porte un héritage cacaoyer exceptionnel. Ancienne colonie portugaise où le cacao fut introduit à grande échelle au XIXe siècle, ces îles volcaniques sont aujourd’hui réputées pour leur production de cacao fin, majoritairement biologique et équitable, issu de variétés Trinitario et du légendaire Amelonado local. Alors que les prix mondiaux du cacao atteignent des sommets historiques, São Tomé-et-Príncipe, avec son modèle axé sur la qualité et la durabilité, se positionne pour valoriser encore davantage son or brun unique.
Une Production Précieuse par sa Qualité et son Histoire
La production de cacao à São Tomé-et-Príncipe est modeste en volume, se situant généralement entre 3 000 et 5 000 tonnes métriques par an. Cependant, sa renommée dépasse largement ses chiffres. La quasi-totalité de la production est exportée sous forme de fèves de cacao de haute qualité, souvent certifiées biologiques et/ou commerce équitable. Le cacao est cultivé par des petits producteurs organisés en coopératives, ainsi que sur quelques « roças » (anciennes grandes plantations coloniales) réhabilitées qui misent sur une production d’excellence et parfois sur le tourisme. Les variétés cultivées, notamment des Trinitario issus de croisements historiques et l’Amelonado adapté localement, confèrent au cacao santoméen des profils aromatiques distincts.
L’envolée spectaculaire des prix du cacao sur le marché international en 2024 et début 2025 représente une aubaine considérable pour ce petit État insulaire. Les producteurs de cacao fin et certifié de São Tomé-et-Príncipe bénéficient directement de cette hausse, voyant la valeur de leur récolte augmenter significativement, ce qui peut stimuler les investissements dans les bonnes pratiques agricoles et l’amélioration des conditions de vie.
Les Défis d’une Filière Insulaire Axée sur l’Excellence
Malgré sa réputation et le contexte favorable des prix, la filière cacaoyère santoméenne est confrontée à des défis spécifiques :
- Limitation des Surfaces et Pression Foncière : La petite taille des îles et la topographie montagneuse limitent naturellement l’expansion des surfaces cultivables. La compétition pour l’usage des terres avec d’autres besoins (agriculture vivrière, conservation, tourisme) est un enjeu.
- Vieillissement de Certaines Plantations et Productivité : Bien que des efforts de réhabilitation soient en cours, certaines plantations sont encore composées de vieux cacaoyers dont la productivité a baissé. L’accès à du matériel végétal amélioré et adapté aux conditions locales est important.
- Vulnérabilité au Changement Climatique : Les îles sont exposées aux impacts du changement climatique, tels que l’irrégularité des pluies, les risques de sécheresse ou d’érosion accrus, qui peuvent affecter les rendements.
- Gestion des Maladies et Ravageurs en Contexte Biologique : La production étant majoritairement biologique, la lutte contre les maladies fongiques (comme la pourriture brune) et les ravageurs doit se faire avec des méthodes préventives et écologiques, ce qui demande un savoir-faire technique constant.
- Infrastructures et Logistique : Bien que des améliorations aient été apportées, les infrastructures de transport (routes internes, liaisons inter-îles) et les installations de traitement post-récolte (séchage, stockage) nécessitent un entretien et une modernisation continus.
- Dépendance aux Marchés d’Exportation et aux Acheteurs Spécialisés : La production étant presque entièrement exportée, la filière dépend de la demande des marchés de niche et des relations avec un nombre limité d’acheteurs spécialisés.
- Accès au Financement pour les Petits Producteurs : Les petits exploitants peuvent rencontrer des difficultés pour accéder à des financements pour investir dans la réhabilitation de leurs parcelles ou l’amélioration de leurs équipements.
Les Atouts d’un Terroir d’Exception et d’une Vision Durable
São Tomé-et-Príncipe dispose d’atouts considérables qui font la force de sa filière cacao :
- Héritage Historique et « Storytelling » Puissant : L’histoire des « Îles Chocolat » et des « roças » offre une narration unique et attractive pour les consommateurs et les chocolatiers.
- Qualité « Fino de Aroma » Reconnue Mondialement : Le cacao santoméen est classé parmi les cacaos fins et aromatiques, avec des notes fruitées, épicées et florales recherchées.
- Engagement Fort dans le Biologique et l’Équitable : Le pays est un pionnier et un leader proportionnel de la production de cacao certifié biologique et commerce équitable, répondant à une demande croissante des consommateurs.
- Structuration en Coopératives Efficaces : De nombreuses coopératives de producteurs jouent un rôle clé dans la collecte, le traitement post-récolte, la certification et la commercialisation du cacao, assurant de meilleurs revenus aux membres.
- Relations Directes et Partenariats à Long Terme : De nombreux producteurs et coopératives ont établi des relations de commerce direct avec des chocolatiers et des acheteurs de spécialité, garantissant une meilleure valorisation et une traçabilité.
- Potentiel Agrotouristique Important : Les anciennes « roças » restaurées, les paysages luxuriants et la culture du cacao offrent un fort potentiel pour le développement d’un tourisme durable et expérientiel.
- Soutien des Autorités et des Partenaires Internationaux : Le gouvernement santoméen et divers partenaires au développement soutiennent les efforts visant à améliorer la qualité, la productivité et la durabilité de la filière.
Un Avenir Prometteur Ancré dans l’Excellence et la Durabilité
La filière cacao de São Tomé-et-Príncipe est un exemple remarquable de la manière dont un petit pays peut se distinguer sur la scène mondiale en misant sur la qualité, l’authenticité et la durabilité. La flambée actuelle des prix mondiaux vient conforter ce modèle et offre des ressources supplémentaires pour poursuivre les efforts. En continuant à préserver son patrimoine génétique unique, à renforcer ses pratiques agroécologiques, à innover dans la valorisation de son cacao (y compris par une transformation locale accrue et le tourisme), et à cultiver ses relations privilégiées avec les marchés de niche, São Tomé-et-Príncipe est assurée de maintenir son statut de joyau dans le monde du cacao fin.



