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Filière Cacao au Gabon : Un Potentiel Discret à l’Ombre de la Forêt, sur un Marché Mondial en Ébullition

Libreville, Gabon – Le Gabon, pays d’Afrique centrale réputé pour son immense couvert forestier et ses efforts en matière de conservation de la biodiversité, explore discrètement le potentiel de sa filière cacaoyère. Historiquement présente mais marginalisée au profit d’autres secteurs comme le pétrole et l’exploitation forestière, la culture du cacao connaît un regain d’intérêt dans le cadre des politiques de diversification économique et de développement rural durable. Face à la flambée historique des prix mondiaux du cacao, le Gabon pourrait trouver une opportunité de développer une niche de cacao de haute qualité, en harmonie avec ses engagements environnementaux.

Une Production Confidentielle, un Potentiel « Vert » à Cultiver

La production de cacao au Gabon est actuellement très limitée et peu documentée dans les statistiques mondiales, se chiffrant probablement à quelques centaines de tonnes tout au plus, voire moins sur les marchés formels. Les plantations, souvent anciennes et de petite taille, se trouvent principalement dans certaines provinces comme le Woleu-Ntem, où les conditions agroécologiques sont plus favorables. Il existe un héritage de cacaoculture, mais la filière n’a jamais atteint une envergure comparable à celle des pays voisins.

L’impact de la flambée des prix mondiaux du cacao en 2024 et début 2025 sur le Gabon est avant tout une source de réflexion et une potentielle incitation. Pour les rares producteurs actifs, cela pourrait signifier des revenus améliorés. Plus largement, cette conjoncture pourrait encourager le gouvernement et les investisseurs à considérer le cacao « made in Gabon » comme une filière d’avenir, à condition de miser sur des modèles de production durables et à haute valeur ajoutée.

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Les Défis d’une (Re)naissance dans un Contexte Exigeant

Le développement ou la relance d’une filière cacaoyère significative au Gabon doit surmonter des obstacles importants :

  • Faible Base Productive et Savoir-Faire Limité : Le nombre de producteurs actifs est faible, et le savoir-faire technique spécifique à la cacaoculture moderne et de qualité (gestion des plantations, techniques post-récolte) nécessite d’être renforcé ou réintroduit.
  • Concurrence d’Autres Secteurs Économiques : L’économie gabonaise a longtemps été dominée par le pétrole et l’exploitation forestière, qui attirent la main-d’œuvre et les investissements au détriment de l’agriculture.
  • Manque d’Infrastructures Agricoles et Logistiques : Les infrastructures de transport vers les zones rurales potentiellement productrices, ainsi que les installations de collecte, de séchage et de stockage du cacao, sont peu développées.
  • Accès au Matériel Végétal de Qualité : Pour développer une filière axée sur la qualité, l’accès à des variétés de cacao performantes, adaptées au terroir gabonais et reconnues pour leurs arômes fins, est un prérequis.
  • Faible Structuration de la Filière : Il n’existe pas encore de véritable chaîne de valeur organisée pour le cacao, ni d’organisations de producteurs suffisamment fortes pour porter des initiatives collectives.
  • Protection de l’Environnement et Modèles Durables : Toute expansion de la cacaoculture devra impérativement s’inscrire dans le cadre des politiques strictes de conservation du Gabon, en privilégiant l’agroforesterie et en évitant toute déforestation. Cela représente un coût et une complexité supplémentaires mais aussi une opportunité de différenciation.
  • Accès au Financement : Le financement de nouvelles plantations ou de la réhabilitation d’anciennes parcelles, surtout avec des modèles agroécologiques, peut être difficile à obtenir pour les petits opérateurs.
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Les Opportunités d’un « Cacao de Forêt » à Haute Valeur Ajoutée

Malgré ces défis, le Gabon possède des atouts uniques pour développer une filière cacaoyère de niche :

  • Alignement avec les Politiques Environnementales (« Gabon Vert ») : Une cacaoculture développée en systèmes agroforestiers, contribuant à la préservation de la biodiversité et à la séquestration du carbone, serait en parfaite adéquation avec la vision d’un « Gabon Vert » et pourrait bénéficier d’un soutien institutionnel.
  • Potentiel pour un Cacao d’Origine et de Terroir Unique : Les sols et le climat spécifiques du Gabon pourraient conférer des caractéristiques organoleptiques particulières à son cacao, attirant les chocolatiers de spécialité.
  • Demande Croissante pour le Cacao « Conservation » et Éthique : Les consommateurs sont de plus en plus sensibles à l’origine des produits et à leur impact environnemental et social. Un « cacao de forêt » gabonais, produit durablement, pourrait trouver une place sur ce marché.
  • Diversification Économique et Développement Rural : La cacaoculture pourrait offrir de nouvelles sources de revenus aux communautés rurales, contribuant à la lutte contre la pauvreté et à la sédentarisation des populations en zones forestières.
  • Apprentissage et Coopération Régionale : Le Gabon peut s’inspirer des expériences de pays voisins en Afrique centrale (Cameroun, Sao Tomé-et-Principe) qui ont développé des filières de cacao de qualité.
  • Possibilité de Partenariats Directs : Pour de faibles volumes de cacao d’exception, des partenariats directs avec des chocolatiers « bean-to-bar » ou des entreprises engagées dans la durabilité sont envisageables.

Un Avenir à Écrire, entre Conservation et Valorisation

La filière cacao au Gabon est aujourd’hui à un stade embryonnaire, mais elle porte en elle un potentiel intéressant, notamment si elle s’oriente résolument vers un modèle de production à très haute valeur ajoutée, respectueux de son environnement exceptionnel. La flambée actuelle des prix mondiaux pourrait créer un déclic. Cependant, le chemin sera long et nécessitera une vision claire, des investissements ciblés en recherche, en formation et en infrastructures, ainsi qu’un cadre incitatif pour les producteurs qui s’engageraient dans cette voie. Le Gabon a l’opportunité unique de développer non pas une filière de volume, mais un « grand cru » de cacao, symbole de son engagement pour une économie à la fois prospère et verte.

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