Filière Cacao aux Comores : Un Potentiel Confidentiel à l’Ombre des Cultures de Rente, sur un Marché Mondial en Fièvre

Moroni, Comores – L’archipel des Comores, célèbre pour ses cultures de rente comme la vanille, le girofle et l’ylang-ylang, observe discrètement la flambée historique des prix du cacao sur le marché mondial. Bien que la production cacaoyère y soit actuellement très confidentielle, voire anecdotique à l’échelle commerciale, cette conjoncture exceptionnelle pourrait susciter un intérêt pour l’exploration ou la relance de cette culture. Dans un contexte insulaire où la diversification agricole est un enjeu majeur, l’or brun pourrait-il trouver une petite place aux côtés des trésors parfumés de l’archipel ?
Une Production Marginale, un Héritage à Redécouvrir ?
Il est difficile de trouver des données consolidées et récentes sur une production structurée de cacao aux Comores. Historiquement, le cacao a pu être introduit sur les îles (Grande Comore, Anjouan, Mohéli) durant la période coloniale, comme dans de nombreuses autres régions tropicales, mais il n’a jamais atteint l’importance d’autres cultures d’exportation. Aujourd’hui, la production est extrêmement limitée, probablement issue de quelques parcelles dispersées, souvent en association avec d’autres cultures dans des systèmes agroforestiers traditionnels, et destinée principalement à une consommation locale ou à des marchés de niche très restreints.
L’impact de la flambée des prix mondiaux du cacao en 2024 et début 2025 sur les Comores est donc avant tout indirect. Il pourrait cependant stimuler la curiosité et encourager des initiatives pour évaluer le potentiel d’une cacaoculture de qualité, capable de se distinguer par son origine insulaire et ses pratiques agroécologiques.
Les Défis Multiples pour l’Éclosion d’une Filière Cacaoyère
Le développement, même modeste, d’une filière cacao aux Comores se heurterait à des défis considérables, inhérents à son contexte de petit État insulaire en développement :
- Disponibilité Limitée de Terres et Concurrence Agricole : La superficie cultivable est restreinte et déjà largement utilisée pour les cultures vivrières et les cultures de rente établies (vanille, girofle, ylang-ylang), qui ont une forte valeur ajoutée et une tradition bien ancrée.
- Conditions Agroécologiques Spécifiques : Bien que certaines zones puissent être propices, il faudrait identifier précisément les microclimats et les sols les plus adaptés à une cacaoculture de qualité.
- Manque de Matériel Végétal et de Savoir-Faire : L’accès à des variétés de cacao performantes, adaptées au terroir comorien et potentiellement fines en arômes, ainsi que le savoir-faire technique pour la culture, la récolte et surtout le traitement post-récolte (fermentation, séchage) sont des prérequis actuellement peu présents.
- Infrastructures de Base et Logistique : Les infrastructures de transport inter-îles et internes, ainsi que les capacités de stockage et de conditionnement pour un produit d’exportation comme le cacao, sont limitées.
- Vulnérabilité aux Chocs Climatiques : L’archipel est exposé aux aléas climatiques (cyclones, fortes pluies, érosion côtière, potentielle raréfaction de l’eau douce) qui peuvent affecter l’agriculture.
- Accès au Financement et aux Marchés : Le financement d’initiatives cacaoyères serait difficile à obtenir sans preuves de viabilité, et l’accès aux marchés d’exportation pour de faibles volumes de cacao exigerait des efforts importants de prospection et de construction de chaînes de valeur.
- Faible Structuration du Monde Agricole pour de Nouvelles Filières : Bien qu’il existe des organisations paysannes pour les cultures dominantes, la mise en place d’une structure dédiée au cacao demanderait du temps et des ressources.
Des Opportunités à Explorer avec Prudence et Vision
Malgré ces obstacles, quelques pistes pourraient justifier une exploration du potentiel cacaoyer aux Comores :
- Diversification Agricole et Résilience : Dans un contexte de vulnérabilité économique et climatique, la diversification des sources de revenus agricoles est une stratégie pertinente. Le cacao, s’il est bien adapté, pourrait y contribuer modestement.
- Valorisation en Systèmes Agroforestiers : Le cacao se prête bien à la culture en association avec d’autres espèces (arbres d’ombrage, arbres fruitiers, voire certaines plantes à parfum), ce qui pourrait s’intégrer aux systèmes agricoles existants et contribuer à la préservation de la biodiversité.
- Potentiel pour un Cacao de Niche Ultra-Confidentiel : Si des variétés aux caractéristiques organoleptiques uniques étaient identifiées ou développées, elles pourraient intéresser un marché très restreint de chocolatiers « chasseurs de fèves » ou d’amateurs de raretés.
- Apprentissage et Coopération Régionale : Les Comores pourraient bénéficier de l’expertise d’autres îles de l’Océan Indien (comme Madagascar ou Maurice, bien que cette dernière ait une production encore plus symbolique) ou de pays africains ayant développé des filières de cacao de qualité.
- Intérêt pour les Produits « Origine Île » et Biologiques : Une production soignée, respectueuse de l’environnement et bénéficiant d’une traçabilité claire pourrait trouver un écho auprès de consommateurs sensibles à ces valeurs.
Un Avenir Incertain, Dépendant d’Initiatives Ciblées
La filière cacao aux Comores est aujourd’hui pratiquement inexistante sur le plan commercial. La flambée actuelle des prix mondiaux peut susciter des interrogations et, potentiellement, encourager des études de faisabilité ou des projets pilotes très ciblés. Cependant, il est irréaliste d’imaginer à court ou moyen terme l’émergence d’une filière d’envergure. Si le cacao devait trouver une place dans l’agriculture comorienne, ce serait très probablement à une échelle modeste, en se concentrant sur une très haute qualité, des pratiques agroécologiques exemplaires, et une insertion intelligente dans des niches de marché très spécifiques. Pour l’heure, les trésors des Comores restent avant tout ses épices et ses plantes à parfum, mais la porte à une exploration cacaoyère n’est peut-être pas complètement fermée pour l’avenir.



