
Conakry, Guinée – La Guinée, pays d’Afrique de l’Ouest riche en ressources naturelles, possède également un potentiel agricole pour des cultures de rente comme le cacao, bien que sa filière reste encore discrète comparée à ses voisins régionaux. Principalement cultivé dans les régions forestières du sud-est, le cacao guinéen est une source de revenus pour des milliers de petits exploitants et représente une opportunité de diversification économique. Dans un contexte de flambée historique des prix mondiaux, l’intérêt pour le développement de cette filière pourrait s’intensifier, offrant des perspectives pour améliorer la production, la qualité et les conditions de vie des cacaoculteurs.
Une Production Limitée mais avec un Potentiel de Croissance
La production de cacao en Guinée est modeste, estimée à quelques milliers de tonnes métriques par an (généralement entre 5 000 et 10 000 tonnes, bien que les chiffres précis et récents soient parfois difficiles à consolider). La culture est essentiellement concentrée en Guinée Forestière, dans des préfectures comme Nzérékoré, Macenta, Yomou, et Guéckédou, où les conditions agroécologiques sont favorables. Le cacao y est souvent cultivé dans des systèmes agroforestiers traditionnels, en association avec d’autres cultures vivrières ou fruitières.
L’envolée des prix du cacao sur le marché international en 2024 et début 2025 constitue une incitation potentielle pour les producteurs guinéens. Une augmentation significative des prix locaux pourrait stimuler l’entretien des plantations existantes et encourager de nouvelles plantations, à condition que les producteurs puissent effectivement bénéficier de cette hausse.
Les Défis d’une Filière Embryonnaire
Le développement de la filière cacaoyère en Guinée est freiné par de nombreux défis structurels et opérationnels :
- Faible Volume de Production et Productivité : Les rendements par hectare sont généralement bas, dus au vieillissement des vergers, à la faible densité des plants, à l’utilisation limitée de matériel végétal amélioré et à des pratiques culturales perfectibles.
- Gestion des Maladies et Ravageurs : Comme dans toute la région, les plantations sont sujettes aux attaques de maladies fongiques (pourriture brune notamment) et d’insectes ravageurs, et les moyens de lutte des petits exploitants sont souvent limités.
- Qualité Post-Récolte Hétérogène : La maîtrise des techniques de fermentation et de séchage est inégale, ce qui peut affecter la qualité des fèves et leur valeur sur le marché. Le manque d’infrastructures de séchage et de stockage adéquates est un handicap.
- Infrastructures Rurales et Logistique : L’état des routes et des pistes en zones de production rend la collecte et l’évacuation du cacao difficiles et coûteuses, surtout pendant la saison des pluies.
- Accès Limité au Financement et aux Intrants : Les petits producteurs ont peu accès au crédit agricole pour investir dans leurs plantations ou acquérir des intrants de qualité (engrais, produits phytosanitaires adaptés).
- Faible Structuration de la Filière et Organisation des Producteurs : Le manque d’organisations paysannes fortes et bien structurées limite le pouvoir de négociation des producteurs, leur accès à la formation, aux informations sur les marchés et aux services de soutien.
- Concurrence d’Autres Activités : Dans certaines régions, l’attrait pour d’autres cultures de rente ou pour des activités comme l’exploitation minière artisanale peut détourner la main-d’œuvre et les terres de la cacaoculture.
- Déforestation et Durabilité : L’expansion agricole, y compris potentiellement celle du cacao si elle n’est pas bien planifiée, peut exercer une pression sur les ressources forestières. La promotion de systèmes agroforestiers durables est donc cruciale.
Les Opportunités pour une Filière en Devenir
Malgré ces obstacles, des opportunités existent pour dynamiser la filière cacao en Guinée :
- Potentiel d’Amélioration de la Qualité et de Différenciation : En mettant l’accent sur les bonnes pratiques post-récolte, la Guinée pourrait développer une réputation pour un cacao de qualité, voire explorer des niches comme le cacao biologique ou équitable à terme.
- Demande Mondiale et Régionale : La demande pour le cacao reste soutenue. La proximité de pays transformateurs ou de grands ports d’exportation dans la sous-région pourrait offrir des débouchés.
- Volonté Politique et Appui des Partenaires : Le gouvernement guinéen affiche une volonté de développer son secteur agricole. Des programmes de soutien, avec l’appui de partenaires techniques et financiers internationaux, pourraient être intensifiés pour la filière cacao.
- Contribution à la Diversification Agricole et aux Revenus Ruraux : Le cacao peut jouer un rôle plus important dans la diversification des sources de revenus des ménages ruraux et dans la réduction de la pauvreté en Guinée Forestière.
- Valorisation des Systèmes Agroforestiers : Les pratiques agroforestières existantes peuvent être optimisées pour améliorer la durabilité, la biodiversité et les revenus des producteurs (par exemple, en associant le cacao à des arbres fruitiers ou à bois d’œuvre).
Un Avenir à Construire avec Rigueur et Investissement
La filière cacao en Guinée est encore à un stade de développement relativement précoce, mais elle possède un potentiel indéniable. La flambée actuelle des prix mondiaux pourrait servir de catalyseur si elle s’accompagne d’une vision claire et d’investissements stratégiques. Pour que ce potentiel se concrétise, des efforts soutenus sont nécessaires pour améliorer la productivité et la qualité, renforcer les capacités des producteurs et de leurs organisations, développer les infrastructures, et créer un environnement favorable à l’investissement. Avec une approche rigoureuse axée sur la qualité et la durabilité, le cacao guinéen pourrait progressivement se faire une place plus visible sur le marché et contribuer de manière plus significative au développement socio-économique du pays.



