
Abuja, Nigéria – Le Nigéria, autrefois un acteur majeur sur la scène mondiale du cacao, ambitionne de retrouver son lustre d’antan. Bénéficiant de conditions climatiques favorables et d’une longue tradition agricole, la filière cacaoyère nigériane présente un potentiel considérable, mais reste aux prises avec des défis structurels tenaces qui entravent sa pleine croissance. Alors que les prix mondiaux atteignent des sommets, quelle est la situation réelle sur le terrain pour les producteurs nigérians ?
Production en Stagnation et Dépendance aux Petits Exploitants
La production de cacao au Nigéria oscille autour de 240 000 à 270 000 tonnes ces dernières années, plaçant le pays parmi les principaux producteurs africains, derrière la Côte d’Ivoire et le Ghana. Cependant, cette production stagne, loin des niveaux records atteints par le passé. La filière est dominée par de petits exploitants agricoles, souvent confrontés à des ressources limitées et à des pratiques agricoles traditionnelles.
À l’instar du Cameroun, les producteurs nigérians bénéficient actuellement de la forte augmentation des prix du cacao sur le marché international. Le prix du kilogramme de fèves a connu une progression significative, offrant un répit financier bienvenu aux agriculteurs. Cette conjoncture favorable pourrait potentiellement stimuler l’investissement dans les exploitations.
Les Obstacles Majeurs au Développement de la Filière
Malgré ce contexte de prix élevés, la filière cacaoyère nigériane est confrontée à de nombreux défis qui limitent son potentiel :
- Vieillissement des Plantations et Faible Productivité: Une part importante des cacaoyères nigérianes sont anciennes et peu productives. Le manque d’accès à des plants améliorés, aux intrants de qualité (engrais, pesticides) et aux techniques agricoles modernes contribue à des rendements inférieurs à ceux d’autres grands producteurs.
- Maladies et Ravageurs: Les plantations sont régulièrement touchées par des maladies (comme la pourriture brune des cabosses) et des ravageurs, entraînant des pertes de récoltes importantes. Le manque de connaissances et de moyens pour lutter efficacement contre ces problèmes persiste.
- Problèmes d’Infrastructure: Les difficultés d’accès aux terres agricoles, le mauvais état des routes rurales et le manque d’infrastructures de stockage adéquates compliquent la logistique et augmentent les coûts pour les producteurs.
- Qualité Inconstante et Manque de Standardisation: La qualité du cacao nigérian est souvent hétérogène, ce qui limite son attractivité sur les marchés internationaux exigeants en termes de qualité supérieure. Le manque de systèmes de contrôle qualité et de normes bien définies est un frein.
- Déforestation et Agriculture non Durable: L’expansion des plantations de cacao, souvent au détriment des forêts, est une source de préoccupation croissante. La mise en œuvre de pratiques agricoles durables et la lutte contre la déforestation sont des enjeux majeurs, notamment face aux réglementations internationales comme l’EUDR.
- Faible Niveau de Transformation Locale: Le Nigéria exporte la grande majorité de ses fèves de cacao brutes. Le niveau de transformation locale reste très faible, privant le pays d’une part significative de la valeur ajoutée potentielle.
- Financement et Accès au Crédit Limités: Les petits exploitants ont souvent du mal à accéder aux financements et aux crédits nécessaires pour moderniser leurs exploitations, acquérir des intrants de qualité ou investir dans des pratiques durables.
- Insécurité et Conflits Fonciers: Dans certaines régions productrices, l’insécurité et les conflits fonciers peuvent perturber les activités agricoles et décourager les investissements.
Opportunités et Efforts en Cours
Malgré ces défis, des opportunités existent et des efforts sont déployés pour améliorer la filière :
- Valorisation des Prix Mondiaux Élevés: La hausse actuelle des prix offre une chance d’améliorer les revenus des producteurs et de stimuler l’investissement dans les exploitations. Il est crucial que ces bénéfices soient réinvestis de manière stratégique.
- Initiatives Gouvernementales et Partenariats: Le gouvernement nigérian, à travers diverses agences et en collaboration avec des organisations internationales et des entreprises privées, met en œuvre des programmes visant à améliorer la productivité, la qualité et la durabilité de la filière. Des efforts sont en cours pour distribuer des plants améliorés et former les agriculteurs aux bonnes pratiques.
- Accent sur la Durabilité et la Traçabilité: Face aux exigences croissantes des marchés internationaux, des initiatives se développent pour promouvoir une production de cacao durable et mettre en place des systèmes de traçabilité pour répondre aux réglementations comme l’EUDR.
- Potentiel de Développement de la Transformation Locale: Le Nigéria possède un marché intérieur important et un potentiel de croissance pour l’industrie de la transformation du cacao. Des investissements dans ce secteur pourraient créer des emplois et augmenter la valeur ajoutée.
- Développement de Coopératives et d’Organisations de Producteurs: Le renforcement des coopératives et des organisations de producteurs peut améliorer le pouvoir de négociation des agriculteurs, faciliter l’accès aux intrants et aux financements, et promouvoir l’adoption de meilleures pratiques.
- Recherche et Développement: Des efforts de recherche sont nécessaires pour développer des variétés de cacao plus résistantes aux maladies et aux ravageurs, et mieux adaptées aux conditions locales.
Un Avenir Incertain mais Plein de Potentiel
L’avenir de la filière cacao au Nigéria est incertain mais porteur d’un potentiel considérable. La combinaison de prix mondiaux attractifs et d’une prise de conscience croissante des défis structurels pourrait être un catalyseur pour des réformes significatives. Cependant, des efforts concertés et soutenus de la part du gouvernement, des producteurs, du secteur privé et des partenaires au développement seront essentiels pour surmonter les obstacles et libérer le plein potentiel de l’or brun nigérian, assurant ainsi des revenus plus stables et durables pour les communautés agricoles.



